Réflexion sur Luc 2, 35
« Et à toi-même, une épée te transpercera l’âme,
afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. »
Qui a prononcé ces paroles ? C’est le vieux prophète Siméon, qui les a prononcées au moment où la Sainte Mère de Dieu et le protecteur de la Sainte Famille, saint Joseph, ont amené l’enfant Jésus au temple, le 40e jour après Sa naissance. Avant de prononcer ces paroles, Siméon a pris le petit Jésus dans ses bras et a loué Dieu de cette manière : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé en présence de toutes les nations : une lumière qui sera une révélation pour les nations, une gloire pour ton peuple Israël » (v. 29-32). Et Siméon les bénit et dit à Sa mère Marie : « Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées » (v. 34-35).
Marie a aussi connu beaucoup de souffrances intérieures, au cours de sa vie. Déjà quand elle a appris qu’Hérode cherchait à tuer l’enfant Jésus, puis quand elle s’est enfuie en Égypte, puis quand le petit Jésus était encore au temple, perdu, et qu’ils sont retournés le chercher. Plus tard, quand le Seigneur Jésus a eu de fréquentes rencontres avec les pharisiens et qu’ils ont cherché à le tuer. Certes, chaque haine contre Lui et les tentatives visant à Le tuer, furent vécues très douloureusement de sa part. De même, lorsque Judas a trahi, puis quand elle a appris que Jésus avait été fait prisonnier, qu’il avait été condamné à mort, et quand elle a entendu le cri : « Crucifiez, crucifiez ! », son cœur fut serré de douleur. Elle le vit flagellé, couronné d’épines, puis l’accompagna sur le chemin de la croix jusqu’à sa mort. Tandis qu’on lui enfonçait les clous dans les mains et les pieds pendant la crucifixion, puis pendant trois heures près de la croix, elle vécut littéralement chaque instant de sa douloureuse mort avec Lui. Lorsqu’on descendit Jésus de la croix et qu’on le déposa sur ses genoux, elle embrassa son corps saint couvert de blessures profondes avec un amour maternel. Puis elle et ses plus fidèles disciples le déposèrent dans la tombe. La nuit du Vendredi Saint, elle se souvint à nouveau des coups de marteau, des rugissements et des moqueries près de la croix. Sa mère vécut avec lui de manière très sensible toute la souffrance que Jésus a endurée pour nos péchés. Nous vénérons les sept douleurs de Marie, mais ces douleurs n’étaient pas seulement au nombre de sept, il y en eut beaucoup plus. Et quand l’épée de la douleur transperça-t-elle son âme ? Ce fut au moment où la souffrance de Jésus sur la croix atteignit un point culminant douloureux dans le grand cri : « Eli, Eli, lama sabachthani ». Et quand le soldat transperça le cœur de Jésus avec une lance, ce fut comme s’il lui enfonçait une épée de douleur dans le cœur.
Combien de personnes éprouvent la douleur mentale de la perte d’êtres chers, de l’abandon, de l’ingratitude, de la trahison… La mère de Jésus a vécu tout cela à l’extrême, et c’est pourquoi elle est solidaire de tous ceux qui souffrent. Elle veut aussi vous donner le réconfort consistant à vous adresser à elle avec confiance dans vos souffrances mentales les plus difficiles. Rappelez-vous que la Mère de Jésus a aussi souffert pour vous, pour vos péchés, avec son Fils. Alors que sa souffrance culminait sur la croix, Jésus s’adressa au disciple, et par extension à tous ses disciples, en disant : « Voici ta mère ». Jésus vous donne aussi sa mère pour vous accompagner sur le chemin de votre vie. Quand le mal et le diable essaient de vous attirer dans leurs pièges et de vous placer sur le chemin glissant de la destruction, c’est alors que vous devez vous adresser à la mère de Jésus. Jésus nous l’a donnée comme celle qui écrase la tête du diable, le serpent infernal. Il y a un grand mystère qui lui est lié et qui fait partie de l’Évangile. Jésus nous promet que tout ce que nous demanderons, si nous ne doutons pas dans notre cœur, cela nous sera accordé. Et ce que nous devons surtout demander, c’est le salut des âmes immortelles, les nôtres et celles de nos proches. Mais ce salut implique une bataille spirituelle contre les forces des ténèbres qui travaillent sur nos esprits, sur nos volontés et sur nos cœurs impurs. Nous avons besoin de la grâce de Dieu, de l’aide de Dieu, et elle est pleine de grâce, kecharitomene ! Dieu nous la donne en tant mère.
Dans cette bataille pour les âmes, nous devons soulever les montagnes spirituelles des forces démoniaques qui occupent aujourd’hui des nations individuelles, des villes entières, des villages et même des individus. Jésus nous a donné la mission et la promesse de chasser les démons, de guérir les malades et de ressusciter les morts en son nom. Malheureusement, cette promesse est généralement inefficace parce que nous doutons dans nos cœurs, notre foi est faible, comme si la parole était sans esprit, sans puissance. Mais si nous nous efforçons, comme le dit saint Louis-Marie Grignion, de tout faire avec Marie et en Marie, et si nous lui donnons pleinement le pouvoir en nous à ce moment-là et la laissons agir à travers nous, sa foi est sans doute. Elle est bienheureuse parce qu’elle a cru ce que le Seigneur lui a dit. Quant au conflit avec les démons, elle est pleine de grâce, pleine de l’Esprit Saint et la puissance du Très-Haut – ou Esprit Saint – œuvre à travers elle. En d’autres termes, Marie en nous ordonne aux démons : « Sortez ! » et la puissance de Dieu – l’Esprit Saint – fait que cela se produit. Il est donc nécessaire que nous entrions profondément dans ce mystère. Elle est la nouvelle Ève, elle est Immaculée.
Nous devons l’accueillir en nous, comme Jean le fit sur la croix, pour qu’elle soit en nous un tabernacle vivant et que Jésus puisse agir en nous par l’Esprit Saint. C’est-à-dire que Jésus soit conçu en nous par sa foi et sa pureté et grandisse en nous dans la puissance de l’Esprit Saint. Alors nous pourrons dire avec l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ vit en moi ». Cette nouvelle naissance est liée à la prière intérieure et à la volonté de mourir à sa propre volonté. C’est cela, porter la croix. Ainsi, dans le croisement de notre volonté avec la volonté de Dieu, nous devons mourir avec le Christ à notre volonté, qui blesse notre ego, mais le Christ grandit et devient plus fort en nous. Il doit vivre en nous par Marie et par l’Esprit de Dieu. C’est le grand mystère, et il est aussi lié à ces paroles : « L’épée de douleur transpercera ton âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées ». Cette transformation spirituelle est liée à l’épée de douleur que la mère de Jésus a endurée, comme l’exprime aussi l’Apôtre dans ces paroles : « Mes chers enfants, je souffre pour vous les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ». L’Apôtre montre en outre qu’elle est la Nouvelle Jérusalem qui, comme il le dit, « est notre mère à tous » (cf. Ga 3-4).
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